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Élévation de la cathédrale de Bourges


      L'archéologie du Moyen Âge ne doit pas être confondue avec la philosophie de l'art qu'on lui donne parfois pour modèle et qu'on lui a parfois proposé comme fin.

L’histoire et ses méthodes

Dans les pages précédentes nous avons survolé les plans de sol, toutefois ces derniers ne sont qu'une donnée du problème. Il ne sont que l'ombre d'immenses structures tendues vers le ciel. Il en sont la conséquence indirecte et la cause première. On peut dire, au sens d'Aristote, que les deux sont réciproquement architectoniques. Aussi, soyons curieux et redressons la tête pour nous intéresser aux élévations qui, sans conteste, participent de la plus pure des géométries.



          Plan de sol de la cathédrale de Bourges

Commencée en 1195, la cathédrale Saint-Étienne de Bourges s'illustre par une simplicité et une unité de style unique. Sa hauteur sous voûte est de 37,15 m pour une longueur dans oeuvre de 117,95 m. On notera une absence totale de transept.

La première cathédrale rencontrée dans ce site est celle de Bourges. C'est le moment d'en découvrir les secrets et de mettre en pratique ce que nous a appris Chartres (l'étude de Chartres est proposée dans le livre). Le plan de la figure 1 est une scannographie laser, une section en élévation de la nef de Bourges. On peut voir que les enceintes du plan de sol ont été projetées verticalement. Ces lignes déterminent l'agencement des volumes de la cathédrale, vaisseau central, collatéraux et bas-côtés.

 

 

Fig. 1 - Élévation de la cathédrale de Bourges (étape 1)


Commençons par déterminer la naissance de la voûte. Pour ce faire, j'ai superposé deux triangles équilatéraux (fig. 2). On constate que le procédé est identique à celui utilisé pour trouver le profil de Chartres. Or, le fait qu'un même tracé puisse déterminer aussi bien la structure que les profils est édifiant. Il nous apprend que les procédés de conceptions étaient communs à tous les bâtisseurs gothiques, et qu'ils avaient une portée universelle. Incontestablement, les maîtres d'œuvre médiévaux participaient d'une même école, d'une même initiation.

Fig. 2 - Élévation de la cathédrale de Bourges (étape 1)

Passons maintenant à l'analyse des profils intérieurs. Comme on peut le voir sur la figure 3, le dessin du vaisseau central est formé d'un carré long (double carré) à l'instar de nombreuses cathédrales. La voûte est tracée par une ligne divisée en cinq parties. Nous avons déjà étudié ce procédé dans un chapitre précédent. Quant aux collatéraux, ils sont constitués de trois carrés superposés, le tout surmonté par un nouveau report de 2/3. La voûte est tracée en tiers-point (sur un triangle équilatéral), tout comme celles des bas-côtés. On constate que la hauteur de ces mêmes bas-côtés est alignée sur le premier carré des collatéraux .

 

Fig. 3 - Élévation de la cathédrale de Bourges (étape 2)


Désormais nous disposons des volumes intérieurs de la cathédrale ainsi que de son agencement. La planche suivante réunit ces systèmes (fig. 4). On comprend qu'ils sont les deux volets complémentaires de la conception du monument ; la structure et les profils intérieurs. Les lignes des polygones utilisés se juxtaposent et se confondent. Ce tracé est un véritable  chef-d'œuvre.


 

Fig. 4 - Élévation de la cathédrale de Bourges (étape 3)


Sans les repères donnés par la triple enceinte, on ne saurait comment placer les volumes les uns par rapport aux autres. C'est le rôle des segments que de simplifier cette construction. Mais en pratique, comment l'architecte est-il passé du premier système au second ? En effet, il faut disposer d'une valeur commune, d'un lien qui les réunit. Nous avons vu que la hauteur du vaisseau central jouait ce rôle. Une fois déterminée par le procédé de la figure 2, cette hauteur est divisée par deux pour former les deux carrés superposés du vaisseau central (fig. 3).

Il est important de comprendre que la différence horizontale existant entre le tracé vert (l'agencement) et le tracé jaune (le profil) est égale à la moitié de la largeur des appareils, des colonnes. Rien n'est donc plus facile que de déterminer ces dernières. Ce rapport est figuré par le cercle bleu. L'élévation est maintenant retracée. Le restant des structures, arcs-boutants et autres appareils se calculent ponctuellement.

 


Crédits : La scanographie de la figure 1 provient d'un document fournis par Andrew Tallon au professeur Robert Bork pour son article The Geometry of Bourges Cathedral sous licence CC BY 3.0. Ici, la scanographie à été mise en négatif et j'ai figuré en vert les projections du système de triple enceintes en élévation.