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Les chevets gothiques


      C'est alors que je vis le Pendule. La sphère, mobile à l'extrémité d'un long fil fixé à la voûte du chœur, décrivait ses amples oscillations avec une isochrone majesté.

Umberto Eco (Le Pendule de Foucault)

 

Il est intéressant d'étudier la construction des polygones qui forment les absides. Sur de nombreux monuments, vous remarquerez que la diagonale de la dernière travée du chœur prépare directement l’angle du polygone. De par sa conception, de par le choix d’une proportion initiale, le tracé final est anticipé. Pour ceux qui auraient un doute, ils remarqueront que Villard de Honnecourt dessinait ces lignes d'un même coup de crayon (Fig. 1),

 

Fig. 1 – Plans de chevets (Villard de Honnecourt - folio 29) D.P.

 
J'ai développé divers procédés permettant de tracer ce type de découpage. En voici un particulièrement intéressant (fig. 2). Sur la dernière travée du chœur, on détermine un carré dont la diagonale est égale à la demi-largeur du vaisseau principal (ce que met en évidence l’arc de cercle dessiné en pointillés).

La hauteur de ce carré permet de tracer la limite de l’abside. Aux extrémités supérieures du rectangle ainsi formé, je marque les piliers, et trace le demi-cercle de l’abside de centre O. Des coins inférieurs, il restera à tirer deux lignes qui se croiseront en O, et définiront deux autres piliers en coupant le cercle.
L’écart entre les piliers que nous venons de définir, déterminent deux des côtés recherchés. Il suffira donc de les reporter symétriquement pour finaliser la partition du cercle. En dernier lieu, il sera nécessaire d'interpoler les espaces pour obtenir un résultat parfait.


 

Fig. 2 – Partition d’une abside en cinq parties

Attention toutefois à ne pas confondre les lignes du tracé et le dessin des voûtes (dessinées sur les plans). Contrairement aux lignes directrices qui n’ont aucune contrainte, les arcs, murs et voûtes qui couvrent l’édifice, ont une épaisseur, une largeur. En s’appuyant les uns sur les autres, ces éléments créent d’inévitables décalages par rapport à un tracé géométrique « idéal ».

Le procédé que nous venons de voir dirige la dernière travée du chœur et le chevet de nombreux bâtiments gothiques. On le retrouve aussi bien à Reims, qu’à l’abbaye de Saint-Martin-aux-Bois ou à la collégiale royale de Saint-Quentin.

Quant aux chevets couronnés par sept chapelles (fig. 3) leur construction est de la même eau. La largeur du vaisseau central est divisée en trois parties, ce qui permet de dessiner un rectangle de trois sur un à l’intérieur de l’abside. L’intersection des diagonales (point O) va fournir l’origine des cercles, alors que leurs prolongements vont créer l’angle de départ et fixer la position des colonnes.

 

Fig. 3 – Partition d’une abside en sept parties

Sachant que la moitié de la longueur de la droite est égale à la valeur qu’il faudra reporter sur le cercle pour former les angles, rien n’est plus facile maintenant que de tracer le pseudo heptagone. Ce sont en fait, des triangles d’un sur deux, disposés en éventail. Le procédé se retrouve entre autres à Beauvais ou Amiens.
Ces deux constructions de chevets sont des systèmes génériques. Certaines cathédrales ont des tracés qui leurs sont propres, comme par exemple Chartres.

L’abbatiale Saint-Martin-aux-Bois dans l’Oise va me permettre d’illustrer ce discours (fig. 4). Le bâtiment propose une allée sans transept, clôturée par une abside similaire à celle de Reims.
 

 

Fig. 4 - Chœur de Saint-Martin-aux-Bois

Nous venons de voir que le côté du carré détermine la largeur de la dernière travée, alors que sa diagonale équivaut à la demi-longueur de cette même travée. Pour tracer la hauteur des travées de la nef, l’architecte a simplement utilisé cette demi-largeur pour former des triangles équilatéraux. On en retrouve donc deux par travée. Ce segment (les lignes rouges) est commun à tout l’édifice. À lui seul, il en explique l’eurythmie.

Dans cet exemple, on à du mal à savoir ou commence le tracé du chœur et celui de la nef. Ici, ils participent d'une même nature. Vous pouvez découvrir la scannographie laser de cet édifice sur le site saint-martin-aux-bois.org